Une semaine de mobilisation contre le paludisme - Paris, capitale européenne de la lutte
January 8th, 2009
Paris, capitale européenne de la lutte
Le président de la République doit inaugurer demain l'exposition photographique « le Mauvais Air », installée sur le pont des Arts (Paris) jusqu'au 28 septembre. Un événement qui ouvre une semaine de mobilisation contre le paludisme organisée à l'initiative des Amis du Fonds mondial Europe.
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Inde : Rubi, 13 ans, sort à peine du coma (W. Daniels)
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Burkina Faso : la moustiquaire expliquée par le théâtre (W. Daniels)
« MAUVAIS AIR » ou malaria (mal aria en Italie où la maladie a sévi pendant tout le Moyen Âge), tel est le titre choisi par William Daniels pour l'ensemble des photographies qu'il présente sur le pont des Arts, entre le musée du Louvre et l'Institut de France. Quarante-deux photos pour raconter le quotidien des patients touchés par le paludisme et témoigner du travail des équipes qui, sur le terrain, aident à lutter contre «l'engrenage de l'horreur», qui peut conduire en quelques heures à la mort. «Toutes les 30secondes, un enfant de moins de 5ans meurt de paludisme», rappelle le Dr Michèle Barzach, présidente des Amis du Fonds mondial Europe. L'exposition, fruit de deux années de reportage en Afrique et en Asie, sera inaugurée demain par Nicolas Sarkozy, en présence du maire de Paris, Bertrand Delanoë, de ministres français, européens et africains et de nombreux responsables internationaux engagés dans la lutte contre la maladie.
Ce premier événement est le prélude à la semaine de mobilisation organisée à l'initiative des Amis du Fonds mondial Europe avec le soutien du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et celui du partenariat Roll Back Malaria. Il s'agit, selon les organisateurs, de saisir l'occasion de la présidence française de l'Union européenne pour «rendre possible une politique pérenne et efficace».
Les progrès réalisés au cours des dix dernières années permettent aujourd'hui de disposer d'outils efficaces pour la prévention, le diagnostic et le traitement de la maladie : moustiquaires imprégnées, test de diagnostic par microscope, combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine (ACT). Grâce à leur utilisation, certains pays comme l'Éthiopie ou le Brésil sont parvenus à une baisse importante de la mortalité chez les moins de 5 ans, respectivement de 51 et 60 %. Toutefois, le coût de ces outils reste un obstacle dans les régions les plus pauvres. «Le financement et la diffusion de ces moyens sont les nouveaux enjeux de la lutte contre la pandémie actuelle», soulignent les Amis du fonds. On estime à 250 millions le nombre de moustiquaires imprégnées et à 300 millions le nombre de doses d'ACT nécessaires pour couvrir les besoins de la population à risque en Afrique subsaharienne.
Maladie des plus pauvres, le paludisme est aussi une cause de pauvreté. Dans les pays les plus touchés, elle représente 40 % des dépenses publiques de santé, 25 % des dépenses des ménages et coûte chaque année 12 milliards de dollars (8 milliards d'euros) de PIB à l'Afrique subsaharienne, soit 1,3 point de croissance.
Des financements toujours insuffisants. Un pont, symbole de cette semaine offensive, doit être jeté entre le nord et le sud afin de briser le cercle vicieux. «Décider, c'est vaincre; ensemble faisons du paludisme une maladie du passé», clament les organisateurs, qui ont prévu quatre réunions internationales. La première aura lieu le 9 septembre à l'Assemblée nationale. Les parlementaires du nord et du sud y débattront des besoins de financements et des défis qui restent à surmonter. En dix ans, les budgets alloués à la lutte contre le paludisme ont été multipliés par plus de vingt : ils sont passés de 64 millions en 1998 à plus de 1,3 milliard de dollars en 2007, dont les deux tiers fournis par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. «Pourtant, ces financements demeurent insuffisants, assure les Amis du fonds. Pour lutter efficacement, les besoins ont été estimés à 3,2milliards de dollars par an.»
Le 10 septembre, les différentes coalitions nationales qui existent dans le monde sont conviées à un partage d'expériences pour ce qui constituerait le début d'un grand partenariat. La coalition française, qui rassemble 23 organisations, a été crée en 2006 pour coordonner et optimiser l'action française contre le paludisme. Le lendemain, les acteurs du secteur privé évoqueront lors d'un petit déjeuner-débat, le rôle des entreprises et la nécessité de développer les coïnvestissements (publics-privés). Enfin, lors d'une table ronde à l'Académie des sciences, les chercheurs, en sciences économiques, humaines, sociales, seront chargés d'élaborer des recommandations sur un nouveau mécanisme d'accès aux médicaments antipaludéens pour les populations les plus pauvres.
> Dr LYDIA ARCHIMÈDE
* Le livre de l'exposition est publié aux éditions Images en Manoeuvres, septembre 2008. Les photos ont reçu plusieurs prix, dont celui de la World Press et le prix Picture of the Year 2008.
Le coût humain
De 1 à 3 millions de morts par an.
De 350 à 500 millions de cas par an.
L'Afrique subsaharienne est la région la plus touchée (90 % des morts et 60 % des cas).
Le paludisme est la première cause de mortalité de l'enfant de moins de 5 ans en Afrique.
Le Quotidien du Médecin du : 08/09/2008
http://www.quotimed.com/journal/index.cfm?DARTIDX=414937&FUSEACTION=viewarticle&
Vers l'éradication en 2015
Les manifestations contre le paludisme organisées à Paris du 9 au 11 septembre étaient le prélude à trois semaines de mobilisation internationale avec en point d'orgue la réunion de haut niveau sur l'avancée des objectifs du millénaire pour le développement qui vise à éliminer la pauvreté d'ici à 2015. Un objectif qui passe par l'éradication du paludisme.
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Michèle Barzach, Roselyne Bachelot, Rama Yade, Jacques Chirac, lors de l'inauguration de l'exposition « le mauvais air » (S. Toubon)
IL N'Y ÉTAIT PAS. Par la faute d'une actualité internationale chargée, Nicolas Sarkozy, président de la République et président de l'Union européenne, a dû renoncer à l'inauguration de l'exposition photographique qui a ouvert la première semaine de mobilisation contre le paludisme, organisée à Paris à l'initiative des Amis du fonds mondial Europe. Cependant, les acteurs présents sur le pont des Arts, transformé en galerie à ciel ouvert jusqu'au 28 septembre, ont pu saluer aux côtés de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, et de Rama Yade, secrétaire d'État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l'homme, l'ancien président, Jacques Chirac, dont la fondation, créée en juin 2008, a fait de l'accès aux médicaments une priorité. C'est au ministre de la Santé qu'il est revenu de lire le message du chef de l'État.
Une tradition française.«J'appelle toute la communauté internationale à se mobiliser pour contribuer à l'éradication du paludisme. Nous pouvons le faire et nous pouvons le faire maintenant», a-t-il déclaré. Le président a aussi confirmé «la détermination de la France, de l'Union européenne et de ses partenaires à gagner le combat pour un monde sans paludisme. Aujourd'hui, ce combat est une urgence, ce combat est une obligation, nous devons y mettre toute notre énergie». Ce faisant, il a évoqué la longuetradition commencée avec Alphonse Laveran, médecin militaire et parasitologue français, prix Nobel de médecine en 1907 pour ses travaux sur les maladies causées par les protozoaires. Une tradition poursuivie par les équipes de recherche de l'institut Pasteur, de l'IRD (Institut de recherche sur le développement) ou du CNRS. «Nous avons su éliminer le paludisme en Camargue, dans le marais poitevin et dans le Morbihan dans les années 1930, puis en Corse dans les années 1950», a-t-il rappelé. Aujourd'hui que des moyens existent aussi bien préventifs que thérapeutiques, «il est inacceptable que le paludisme tue, chaque année, 1million de personnes. Il est inacceptable de savoir que, dans les cinq minutes qui viennent, dix petites filles et petits garçons africains vont mourir pour avoir été piqués par un moustique infecté».
Un discours et des images fortes qui sont le signe d'un tournant de la mobilisation internationale. Éradiquer le paludisme, «ce n'est plus une utopie, ce n'est plus un rêve», résume Michèle Barzach, présidente des Amis du fonds mondial Europe. Le sentiment est partagé par le secrétaire d'État à la santé des États-Unis, Michael Levitt, et par l'envoyé spécial de l'ONU, Ray Chambers. «0 death from malaria in 2015», a traduit le second. La mobilisation de Paris n'est d'ailleurs que le prélude à différents événements dans le monde, avec en point d'orgue la réunion de haut niveau sur la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, le 25 septembre, organisée au siège des Nations unies à New York. À cette occasion, le partenariat Roll Back Malaria dévoilera son plan d'actions contre le paludisme, «une feuille de route unique destinée à coordonner et guider chacun afin de parvenir aux résultats souhaités», commente sa directrice exécutive, l'ancienne ministre de la Santé du Sénégal, le Dr Awa Coll Seck. Elle mesure le chemin parcouru depuis l'époque où «le paludisme occupait à lui seul 40% de son budget de ministre».
Les ressources commencent à arriver et, avec eux, les premiers résultats. «En 2000, de 60 à 100millions par an étaient disponibles pour la lutte contre la maladie contre 1milliard aujourd'hui», souligne le Pr Michel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Le Fonds en est le principal pourvoyeur, avec deux tiers des financements consacrés au combat contre le paludisme. La France, pour sa part, participe de 15 à 18 % de l'effort mondial en particulier à travers le Fonds mondial dont elle est le deuxième contributeur après les États-Unis et le FED (Fonds européen de développement) dont elle est le premier contributeur. Des moyens importants «mais pas encore suffisants pour soutenir l'ensemble des actions», prévient le Dr Coll Seck.
AMFm, mécanisme innovant de financement. Selon les estimations, près de 1 milliard de dollars chaque année seraient nécessaires. Un mécanisme innovant d'achat des ACT devrait voir le jour dès l'année prochaine. L'AMFm (Affordable Medicines for Malaria), c'est son nom, devrait dans un premier temps permettre d'améliorer l'accès aux ACT des plus pauvres. Contrairement aux traitements contre le sida, les médicaments contre le paludisme sont vendus dans le secteur privé : «Les malades vont chercher leur chloroquine dans les pharmacies ou les épiceries locales au prix de 50cents», explique le Pr Kazatchkine. Les mécanismes actuels de financement des ACT, beaucoup plus chers que la chloroquine devenue inefficace, ont «permis de couvrir 60% des besoins du secteur public, mais seulement 5% des besoins du secteur privé». L'AMFm, qui devrait être hébergé par le Fonds mondial, a pour objectif de fournir les ACT au même coût que la chloroquine en achetant à des prix négociés, puis en subventionnant les grossistes à hauteur de 95 %.
Le paludisme n'est pas le sida, mais l'enjeu est important car, à lui seul, il représente 40 % des consultations et 60 % des hospitalisations en Afrique. «Enlever ce poids du palu permettrait d'enclencher un cercle vertueux et de résoudre le difficile problème de l'effondrement des systèmes de santé.»
> Dr LYDIA ARCHIMÈDE
Huit fois 8
Une campagne de sensibilisation « Huit fois oui » a été lancée la semaine dernière pour sensibiliser le grand public, en particulier les plus jeunes, aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Organisé par le CICID (Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement) et soutenu par le ministère des Affaires étrangères, elle se compose de 17 affiches disponibles sous forme d'un kit adultes destinés aux entreprises, aux lieux publics, aux universités et aux lycées et d'un kit enfants destiné aux écoles primaires et aux collèges. Différents supports sont prévus en plus des affiches, 8 totems représentant les objectifs, un film « 8 » qui sera présenté au Festival de Rome en octobre et un recueil de 8 nouvelles écrites par 8 grands noms de la littérature contemporaine qui devrait paraître en novembre aux éditions Calmann-Lévy.
La lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme constitue l'objectif n° 6 des OMD. Toutefois, la plupart des objectifs dépendent du succès de la lutte contre le paludisme, maladie étroitement liée à la pauvreté.
Le Quotidien du Médecin du : 17/09/2008
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